• Rafael Asencio

Viktor Orbán, l’homme qui tient tête à l’Union européenne

Dernière mise à jour : 31 mars

Alors que Bruxelles lui reproche ses dérives autocratiques, Viktor Orbán accuse l'Europe de mener “une guerre sainte” contre la Hongrie. L’actuel Premier ministre hongrois brigue un quatrième mandat consécutif, dans un contexte de dégradation des relations avec ses partenaires européens depuis ces onze dernières années.


Viktor Orbán, Premier ministre de la Hongrie de 1998 à 2002, puis depuis 2010. © Dominique HOMMEL/European Union 2019/EP


Jusqu’où ira le conflit entre Viktor Orbán et l’Union européenne (UE) ? Lors d’un meeting pour lancer sa campagne le 12 février 2022, le Premier ministre hongrois a reproché à l’UE de mener « une guerre sainte, un djihad » contre son pays qui a rejoint l’Union en 2004. À l’origine de sa colère, un arrêt de la Cour de justice européenne qui autorise désormais la Commission européenne à suspendre le versement des fonds aux pays ne respectant pas l’État de droit. Ainsi, la Hongrie et la Pologne s’étaient fermement opposées au texte, se sentant particulièrement dans le viseur de l’UE. Pour cause, la perte induite par l’application de la mesure pourrait en théorie être colossale pour la Hongrie. En effet, entre 2014 et 2020, l'Union européenne a versé près de 40 milliards d'euros au pays, selon la Commission européenne.


Des tensions anciennes


Ce n’est pas le premier conflit qui oppose Viktor Orbán à Bruxelles. Déjà, en 2012, le Premier ministre hongrois fait entrer en vigueur une nouvelle Constitution très controversée quelques mois après son élection. Elle impose une série de lois nationalistes concernant la politique, l’économie et même la religion, insérant par exemple des références à Dieu dans le texte. Le Premier ministre nomme ensuite ses proches aux plus hauts postes de l’État. De quoi faire réagir la communauté internationale et plus particulièrement la Commission européenne, pour qui ces dispositions risquent de ne pas être “compatibles” avec les textes législatifs européens. En 2013, une nouvelle modification de la Constitution permet d’expulser les sans-abri des lieux publics. L’UE s’y oppose encore, mais reste impuissante.


Au fil des années, la politique menée par Viktor Orbán s’éloigne encore plus des valeurs du Vieux Continent. En 2015, il organise un référendum national au sujet du rétablissement de la peine de mort. Or, la Charte des droits fondamentaux de l'UE l’interdit formellement. Si le Premier ministre s’est finalement rétracté, quelques jours plus tard, il propose à ses habitants et habitantes de répondre à un sondage, cette fois sur le thème de l’immigration. Dans une lettre, il donne les raisons de cette consultation nationale : “Puisque Bruxelles a échoué à résoudre la question de l'immigration, la Hongrie doit suivre sa propre voie.” Depuis, l’Union a épinglé de nombreuses fois le leader hongrois, lui reprochant ses lois tour à tour homophobes, anti-démocratiques ou de nature à entraver la liberté de la presse. Aujourd’hui, le dirigeant, qui brigue un quatrième mandat consécutif, continue les provocations.


Différentes sanctions


Pour stopper ces dérives, Bruxelles met en place des stratégies diverses : blocage des fonds du plan de relance pour la Hongrie, une procédure à l’encontre du pays pour « risque clair de violation grave des valeurs européennes »… Néanmoins, cette dernière a peu de chances d’aboutir, car elle nécessite un vote à l’unanimité des Vingt-Sept. Or, Viktor Orbán peut compter sur le soutien de la Pologne. Rien ne semble pouvoir arrêter l’homme fort que ses adversaires surnomment parfois “Viktator”.


Toutefois, l’invasion de l’Ukraine par la Russie marque une petite évolution dans la relation entre le dirigeant et l’UE. Fait rare, il a choisi de s’associer « à l'Otan et à l'Union européenne pour condamner l'offensive militaire russe » et a voté toutes les sanctions contre Vladimir Poutine. Il reste tout de même prudent et refuse de livrer des armes aux Ukrainiens.


Rafael Asencio


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