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Couplé aux législatives, un référendum anti-LGBT controversé

Dernière mise à jour : 7 avr.

Hongrois et Hongroises n’éliront pas seulement leurs député·e·s dimanche. Ils devront répondre à quatre questions, dans le cadre d’un référendum « sur la protection de l’enfance ». Le gouvernement nationaliste souhaite ainsi montrer à l’Union européenne que la population soutient les récentes lois homophobes.


« Protégeons nos enfants ». A Budapest, ces affiches foisonnent. Elles font la promotion du référendum anti-LGBT. Ici, des activistes collent par-dessus un message appelant à cocher et le « oui » et le « non » pour invalider les résultats de la consultation. © Nina Tapie

Un dimanche, trois scrutins. Le 3 avril, la population hongroise se rendra dans les bureaux de vote pour remplir non pas un, mais trois bulletins. Un premier pour élire un député localement, un deuxième pour plébisciter un parti au niveau national. De ce système hybride sont issus les 199 députés qui composent la Diète, le Parlement hongrois, lesquels désignent ensuite le Premier ministre. Mais dimanche, il faudra encore exprimer sa voix, sur un autre sujet : celui de l’homosexualité et de la transidentité.


L’Assemblée nationale a ratifié l’organisation de ce référendum en novembre dernier, tandis que l’opposition boycottait la séance. Selon le vocabulaire du gouvernement, la consultation porte sur « la protection de l’enfance ». Quatre questions seront soumises à la population :

  • Approuvez-vous l'enseignement de l'orientation sexuelle aux enfants mineurs dans les institutions scolaires sans le consentement parental ?

  • Approuvez-vous la promotion des traitements de changement de sexe pour les mineurs ?

  • Approuvez-vous la présentation sans restriction aux mineurs de contenu médiatique à caractère sexuel qui pourrait affecter leur développement ?

  • Approuvez-vous la présentation aux mineurs de contenu médiatique portant sur le changement de sexe ?

« Réponse invalide à une question invalide ». La contestation prend d'assaut l'espace public dans la capitale. © Nina Tapie

Initialement, une cinquième question devait compléter l'ensemble, sur l’accessibilité des mineurs aux traitements et aux opérations destinés à changer de sexe. Celle-ci fut rejetée par la cour constitutionnelle du pays. En effet, en cas de victoire du « oui », les député·e·s auraient dû adapter la législation pour les autoriser. Mais en Hongrie, la Loi fondamentale « protège » l’identité de genre à la naissance.


Frictions avec la Commission


Le Premier ministre semble concentrer son énergie sur deux combats : discréditer « la gauche » et cristalliser l’élection sur un thème, celui du référendum, dénonçant l’action du « lobby LGBT », dans une tentative délibérée de lier les droits de la communauté LGBT+ à la pédophilie.


La politique du pays, membre depuis 2004 de l’Union européenne (UE) – dont la charte des droits fondamentaux proscrit toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle – est vivement critiquée par Bruxelles. Le gouvernement a déjà amendé, en 2019 et en 2020, les lois de protection de l’enfance, interdisant aux moins de 18 ans les programmes éducatifs et les publicités « promouvant » l’homosexualité et la transidentité, c’est-à-dire mettant en scène des minorités sexuelles ou de genre. Plus encore, l’exécutif a inscrit dans la Constitution une définition de la parentalité selon laquelle « la mère est une femme, le père est un homme ».



Cilin soutient l'association de lesbiennes Labrisz Leszbikus Egyesület. Pendant plusieurs heures, elle tague le message dans les lieux de passage, comme les arrêts de tram ou de métro. © Nina Tapie


Lorsque le Parlement hongrois avait adopté ces mesures, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen les avait qualifiées de « honte ». Le 24 juin 2020, dix-sept pays membres publiaient sur les réseaux sociaux une déclaration commune dénonçant les discriminations. Une procédure d’infraction était lancée par l’UE, menaçant de bloquer les fonds européens reçus par la Hongrie. « Nous défendons les enfants magyars [hongrois] et les droits des parents. Seule la volonté commune peut stopper le violent lobby LGBTQ et les pressions de Bruxelles », déclarait la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, reprise par le média Magyar Nemzet. Selon elle, « défendre [les] familles et éduquer [les] enfants » est un « droit souverain » sur lequel l’UE ne dispose d’aucune compétence.


Un outil de mobilisation électorale


Des positions qui répondent à celles de Viktor Orbán. Il se présente comme le défenseur des valeurs chrétiennes traditionnelles contre le libéralisme occidental. Le dirigeant organise ce référendum pour tenter de légitimer sa législation et répondre aux attaques de l’UE. Pour empêcher l’abstention et l’invalidation des résultats, il a spécialement créé un processus électoral qui permet de lier la consultation « sur la protection de l’enfance » aux législatives – amendement adopté le 9 novembre 2021. Auparavant, la réglementation empêchait la tenue d’un scrutin référendaire pendant les 41 jours précédant ou suivant une élection.


L’opposition comme les associations LGBT+ dénoncent pourtant un scrutin illégitime. Le principal opposant au Premier ministre, Péter Márki-Zay, a qualifié la formulation des questions de « stupide ». Politicien·ne·s et associations appellent les électeurs et les électrices à dessiner deux croix sur le bulletin, pour révoquer leur participation. C'est le cas de l'association de lesbiennes Labrisz. Takács Mari, membre du conseil d'administration, explique : « L'objectif est que le taux de participation soit élevé, mais que la majorité des bulletins soient nuls. Le référendum lui-même sera alors invalidé. »


Taguer, coller des affiches et des autocollants, distribuer des flyers, parler aux médias... L'objectif ? Que moins de 25 % des suffrages exprimés soient valides. © Nina Tapie


Nina Tapie


Pour en savoir plus sur le référendum




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