• Rafael Asencio

« L’hôtel des réfugié·e·s » : à Budapest, un répit avant de reprendre la route

Dernière mise à jour : 7 avr.

Avec la guerre en Ukraine, des milliers de réfugié·e·s ont fui leur pays pour rejoindre la Hongrie. Le pays dirigé par Viktor Orbán n’offre que très peu de possibilités d’emploi et de logement à ces exilé·e·s, les incitant à rejoindre d’autres pays européens comme l’Autriche. Pour les aider durant ces quelques jours de passage, l'ONG Migration Aid gère un lieu baptisé « L’hôtel des réfugiés ».



« L’hôtel des réfugié·e·s » peut accueillir jusqu'à 300 personnes. En bas à gauche se trouve la cantine. À l'étage, une réserve de nourriture et de produits d'hygiène et des dortoirs. © Lilia Aoudia

« Depuis que je suis arrivée en Hongrie, le bruit des avions et des trains me fait peur. Ça me rappelle les bombes », confie une jeune Ukrainienne arrivée à Budapest la nuit précédente, avec sa mère et sa grand-mère. À la frontière, pas de policier·e·s. Seuls quelques uniformes patrouillent dans la gare sans jamais interpeller la famille venue en train. Durant le trajet, peu d’Ukrainien·ne·s : « Il y avait surtout des Roms », précise-t-elle. Les trois femmes sont prises en charge par les bénévoles de Migration Aid pour trois jours dans un « hôtel des réfugié·e·s » avant de reprendre la route vers l’Autriche. Là-bas, elles devraient trouver un travail et un logement plus facilement qu’en Hongrie.


Dans la cour extérieure, les cris joyeux des enfants qui jouent contrastent avec la voix faible et tremblante de la jeune fille. La peau pâle, des cernes sous les yeux, l'étudiante à l’université de Kharkiv en Ukraine confie qu’elle « peine à se nourrir et à dormir ». Quand un bénévole fait malencontreusement tomber un objet métallique sur le sol, elle sursaute. « Quand la guerre sera terminée, je veux retourner en Ukraine. J’ai hâte de retrouver mon petit copain et de reprendre mes études. C’est ma ville, mon pays, là où je vis depuis dix-neuf ans. »


Tout a commencé sur Facebook


Dans sa chambre de cet hôtel un peu particulier, il y a cinq lits. « Je ne sais pas encore à côté de qui je vais dormir. » En effet, ce lieu peut accueillir jusqu’à 300 réfugié.e.s. A leur arrivée, les bénévoles de Migration Aid leur font découvrir les lieux : une cantine, des dortoirs... L’ONG est née en 2015, lorsque les premiers réfugié·e·s syrien·ne·s ont fui leur pays à cause de la guerre. « Au début, c’était juste un groupe Facebook et peu à peu des civil·e·s se sont mobilisé·e·s pour aider les réfugié·e·s », raconte Andras Siewert, fondateur et directeur de l’association. Ces bénévoles s'organisent pour gérer ce lieu, point d’étape pour reprendre des forces pendant quelques jours avant de rejoindre un autre pays d’Europe.


Ce mardi 29 mars, deux autres organisations interviennent au côté de Migration Aid. Une association italienne propose ainsi aux réfugi·e·s qui souhaitent rejoindre l'Italie de faciliter leur trajet. « On a loué un van. Si quelqu’un veut rentrer avec nous, on a six places gratuites », propose une bénévole italienne, un grand sourire aux lèvres. Quand elle a su que des réfugié·e·s ukrainien·ne·s arrivaient en Hongrie, elle n’a pas hésité une seule seconde à intervenir : « C’est proche de l’Italie et on a quelques contacts ici », explique-t-elle.


L'autre intervention émane de membres d’une église mormone, venus des États-Unis en octobre dernier. En file indienne, ils s’organisent pour décharger leurs dons d’un grand camion. Conserves, gâteaux, boissons mais aussi une dizaine de poussettes pour des enfants. Au milieu de ce ballet, Higgins Elder joue les chefs d’orchestre : « On est venus ici pour offrir de la main d'œuvre et aider l’association à tout organiser. Nous sommes heureux de pouvoir rendre service. Nous sommes aussi venus apprendre aux réfugié·e·s l’amour de Jésus Christ. »


Une nouvelle politique migratoire depuis le conflit ukrainien


L’ONG Migration Aid agit dans un environnement très contraint. Le gouvernement de Viktor Orbán applique une politique répressive envers les migrant·e·s depuis la vague de 2015. En 2021, la Hongrie a été condamnée par la Cour de justice européenne pour non-respect du droit européen, notamment par rapport à la loi « Stop Soros » qui rendait passible de poursuites pénales l'aide aux migrant·e·s par des ONG en 2018.


Pourtant, depuis la guerre en Ukraine, l’ONG Migration Aid ne dénonce pas de répression particulière. « Je dirais que la coopération avec les autorités est particulièrement bonne. Nous n’avons rencontré aucun problème », explique Andras Siewert. Le directeur de l’association reconnaît même une différence entre l’accueil des migrant·e·s ukrainien·ne·s et celui des non-Européens. « Comme l’Ukraine est un pays frontalier, on est obligés d'accueillir les personnes qui fuient la guerre. Mais la frontière est toujours aussi imperméables pour les migrant·e·s des pays d’Afrique, par exemple. Et nous, on ne peut aider que ceux qui ont l’autorisation d’entrer sur le territoire », regrette-t-il.



Lilia Aoudia & Rafael Asencio


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