• Sophie Eyegue

Immigré à Buda : « Je me sens plus en sécurité en Hongrie qu'au Nigeria » 2/5

Dernière mise à jour : 6 avr.

Depuis l'arrivée de Viktor Orbán au pouvoir, en 2010, la Hongrie a pris un tournant nationaliste. Le gouvernement du Fidesz s'oppose régulièrement aux politiques libérales de l'Union européenne. Lors de la crise migratoire syrienne, en 2015, le monde a pris conscience des actions xénophobes du gouvernement. La Hongrie accueillait 2 % d'immigré·e·s au 1er janvier 2020. Quatre fois moins que la moyenne des pays de l'Union européenne. Pourtant, le pays, et notamment sa capitale Budapest, attire encore les candidats à l'immigration. Populest est alors allé à la rencontre de cinq immigré·e·s aux histoires singulières pour savoir comment ils et elles vivent leur intégration. Deuxième témoignage de la série.


Samson Fernando Adubo est né au Nigéria. Il est arrivé à Budapest, à 18 ans, pour commencer ses études d'ingénieur. Un choc culturel total qu'il a dépassé au point d'imaginer construire le reste de sa vie en Hongrie.


Samson Fernando Adubo se sent plus en sécurité à Budapest que dans son pays d'origine, le Nigeria. © Photo : Chloé Cenard

Chemise blanche, imper bleu marine, contours tracés, Samson Fernando Adubo, ou « juste Sam », 26 ans, arrive avec un grand sourire qui ne le quittera pas. Ce jour-là, il a décalé sa pause du midi pour rencontrer Populest. Très occupé, cet ingénieur en système informatique vit depuis huit ans à Budapest. « C'est comme une deuxième maison pour moi.» Il court entre son job et ses amis hongrois, rencontrés dans l'équipe de football de la fac. Sa « famille » comme il les appelle. Arrivé tout droit du Nigeria pour ses études, il a choisi la capitale hongroise plutôt que les États-Unis, destination choisie par ses frères, histoire de « se challenger ».


« La première année a été difficile : nouveau pays, nouvelle langue et surtout nouvelle météo », raconte Sam en riant. Mais, huit ans plus tard, « je mange comme eux, je parle comme eux, j'adore vivre ici même si j'oublie encore de mettre ma ceinture de sécurité en voiture car dans mon pays, tout le monde s'en fiche ».


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Depuis 2010, Sam n'est rentré qu'une seule fois au Nigeria. Il se sent Hongrois. « Je considère que j'ai désormais deux cultures. » Riz jollof, brochette suya et autres plats traditionnels nigeriens font partie de sa vie autant que la soupe goulash, et le Lángos. Le jeune homme s'est parfaitement intégrer et partage désormais des moments intimes avec sa nouvelle famille. « Tout les ans je fête Noël avec eux. »


Des difficultés balayées par le confort de vivre


Dans un futur « ni proche ni loin », le jeune homme souhaite construire une famille ici. « Je me sens plus en sécurité en Hongrie qu'au Nigeria, je ne pouvais pas sortir tard le soir par exemple. » Ni imaginer éduquer des enfants, qui « pourraient se faire enlever en allant à l'école », confie-t-il.


Certains de ses proches ont quitté la Hongrie pour l'ouest de l'Europe. « Vers des pays plus accueillants pour les personnes à la peau noire », avoue Sam. S'il souligne à demi-mot quelques incidents racistes, pour lui, « il y a quand même pire que de vivre à Budapest pour toujours ».


*source : Chiffres clés sur l'Europe, édition 2021, Eurostat.


Sophie Eyegue

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