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Élections en Hongrie : le populisme à la Orbán, stop ou encore ?

Dernière mise à jour : 7 avr.

Pour la première fois en douze ans, le conservateur Viktor Orbán n’est pas assuré de sa quatrième réélection, menacé par une vaste coalition.



Viktor Orbán a été élu à la tête de la Hongrie en 2010./Flickr

C’est l’autre rendez-vous électoral du mois d’avril en Europe. Le peuple hongrois nommera Parlement et Premier ministre une semaine avant la présidentielle française. Le populiste Viktor Orbán du parti Fidesz, au pouvoir depuis 2010, affronte une candidature de coalition inédite, appelée « Unis pour la Hongrie » et menée par Péter Márki-Zay.

Révision de la constitution

Depuis douze ans, Viktor Orbán tient le pays d’une main de fer. En témoigne la première mesure qu’il adopte en 2010 : une loi visant à museler les médias indépendants. Un coup d’éclat qui marque le basculement de la Hongrie dans un rapport de force avec l’Union européenne. « Si elle est mal utilisée, [cette législation] pourrait réduire au silence les médias critiques et le débat public dans le pays », s’est alors alarmé Dunja Mijatovic, une représentante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération européenne (OSCE).

La politique conservatrice et autoritaire d’Orbán se cristallise dans une réforme de la constitution, votée par son parti à l’Assemblée nationale en 2011. La nouvelle loi fondamentale de la Hongrie affiche ostensiblement les « racines chrétiennes » du pays, affirmant notamment que le mariage doit unir un homme et une femme ou qu’il faut protéger la vie dès son commencement. Un autre volet de ce texte polémique restreint le droit de grève et supprime le principe d’égalité salariale entre les sexes. Lever de bouclier dans l’opposition, où l’on déplore les « funérailles de la République hongroise », d’après l’expression de la députée de centre gauche Timea Szabo. L’inquiétude se propage jusqu’à la Commission européenne. Son président de l’époque, José Manuel Barroso, « recommande instamment » à Viktor Orbán d’abandonner sa réforme. En vain.

Tropisme pro-russe

Le surnommé « Viktator » par ses détracteurs s’illustre à nouveau lors de la crise migratoire qui frappe le Vieux-Continent en 2015. De janvier à juillet, conséquence de la guerre en Syrie, 100 000 réfugiés entrent dans le pays, selon Frontex. Déçu de la réponse des Vingt-Huit, Viktor Orbán décide unilatéralement de construire un mur aux portes de l’Europe pour endiguer cette vague migratoire. À nouveau, la Commission européenne s’en émeut. L’ancien commissaire Louis Michel reproche au récalcitrant de « renier nos principes les plus fondamentaux » et réclame la marginalisation du pays.

Malgré ce bras de fer qui dure avec l’Europe, Viktor Orbán se refuse à un départ de l’Union, qui le priverait d’une manne financière considérable. Entre 2014 et 2020, Budapest a perçu 25 milliards d’euros d’aides de la part de Bruxelles. Ce levier du financement est justement actionné par l’UE au sortir du premier confinement, à l’été 2020. Pour la première fois, les autorités européennes conditionnent le versement d’une subvention de 7,2 milliards d’euros au bon respect des règles du pacte européen. Dans leur collimateur : une loi hongroise qui porte atteinte à l’intégrité des personnes LGBT et une révision du droit d’asile. L’exécutif hongrois a protesté sans attendre contre “un abus de pouvoir” de Bruxelles.

En plus de ces affronts, Viktor Orban noue des relations de plus en plus étroites avec Vladimir Poutine depuis 2010. Ce tropisme pro-russe pousse Budapest à militer auprès des institutions européennes pour la levée des sanctions contre Moscou après l’annexion de la Crimée en 2014. À moins d’une semaine des élections hongroises, l’invasion ukrainienne s’invite d’ailleurs dans la campagne. La coalition d’opposition réprouve les relations d’Orbán avec le Kremlin et appelle à des mesures plus fermes vis-à-vis de la Russie.

Écologistes et nationalistes main dans la main

Face à un régime aux accents autocratiques installé dans la durée, les partis d’opposition hongrois mettent cette année toutes les chances de leur côté. Des écologistes aux nationalistes du Jobbik, tous se rassemblent derrière la candidature d’un habitué de l’affrontement avec le Fidesz. Désigné à l’issue d’une primaire, Péter Márki-Zay a déjà vaincu le parti du Premier ministre en 2018, en emportant grâce à une large coalition la mairie de Hódmezővásárhely, pourtant réputée « citadelle du Fidesz » depuis 1990.

Si l’élu de 49 ans compte reproduire l’exploit le 3 avril prochain, l’intégrité des élections est remise en doute. Des suspicions d’irrégularités et d’achat de voix ont conduit l’Union européenne à envoyer dix-huit observateurs dans la période pré-électorale, puis 200 le jour-J.

Richard Flurin et Maud Kenigswald

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